Sections du site en Octobre 2009 : Ajouts successifs d’articles -- Sujets
d’articles à traiter – Pour publier -- Post-Polio -- L'aide à domicile --
Internet et Handicap -- Informatique jusqu’à 100 ans – Etre en lien --
L’animal de compagnie -- Histoires de vie -- Donner sens à sa vie – A 85 ans aller de
l’avant -- Tous chercheurs -- Liens –
Le
webmestre.
RETOUR A LA PAGE D’ACCUEIL : CLIC AUTEURS, TITRES DE TOUS
LES ARTICLES : CLIC SYNTHESE GENERALE: CLIC
……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..
NOVEMBRE 2008
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
MOURIR LES YEUX OUVERTS
Marie de HENNEZEL, en collaboration avec Nadège AMAR -Ed. Pocket, 2007
Présentation par
Christiane BEDOUET
Dans
cet ouvrage, paru pour la première fois en 2005 aux éditions Albin Michel,
Marie de Hennezel s’appuie, pour nous livrer ses
réflexions à propos de la fin de vie, sur l’expérience d’un ami : le
philosophe Yvan Amar, atteint d’une maladie incurable et mort à quarante-neuf
ans, dignement et sans souffrances, dans les bras de Nadège, sa femme. Il avait
fait le choix de vivre ces derniers temps chez lui, dans la sérénité,
auprès de sa famille et de ses amis.
Marie de Hennezel
citera, ici, de nombreux extraits du livre de Yvan Amar : « L’Effort
et la grâce », éd. Albin Michel, 1999.
*******
Après avoir évoqué la mort d’Yvan et ses funérailles
qui furent une fête, l’auteur dit que « l’expérience d’Yvan et de Nadège
Amar nous provoque. Est-elle une exception ? Est-elle un exemple dont nous
pouvons nous inspirer ? A chacun d’en juger. Nous estimons pour notre part
qu’elle nous donne quelques clés. Avoir conscience de sa propre mortalité
oblige à ne pas vivre à la surface des choses. On prend de la hauteur, on
revient vers l’homme intérieur et, ce faisant, on s’apaise face à la mort. […] Chacun
peut approcher sa mort les yeux ouverts, si la mort n’est pas niée,
si l’entourage l’accepte, s’il y a suffisamment de vérité et d’amour autour de
celui qui meurt. Chacun peut faire de sa mort une leçon de vie pour les autres ».
Dans le chapitre intitulé
« La mort d’un sage », l’auteur raconte la dernière journée d’Yvan et
ses derniers instants auprès de Nadège, sa femme. Affaibli, mais vivant
jusqu’au bout par le dialogue, la reconnaissance et la confiance réciproque du
couple.
La suite de l’ouvrage
rapporte l’essentiel de l’enseignement qu’Yvan Amar a dispensé au cours de sa
vie de « condamné ». Mais, lui, ne se considérait pas comme
victime ; la maladie, pour lui, était une occasion offerte de
« grandir ».
Né d’un père juif et d’une
mère chrétienne, il vécut quelques années auprès d’un maître spirituel en Inde.
Grâce à cela, il acquit tolérance et ouverture spirituelle.
Mais il ira au-delà. Fort de
cette ouverture, il sera toujours en quête d’une sagesse adaptée au monde
occidental.
Et, s’il cherche toutes les
voies pour améliorer son état, il « parle de la maladie comme
d’une expérience qui lui ouvre le chemin vers lui-même et vers Dieu ».
Pour lui, l’«éveil » ne
doit pas être une préoccupation de se sauver égoïstement seul. « Il ne
s’agit pas de fuir la réalité en quête d’une expérience spirituelle coupée du
monde, mais de s’y confronter et d’apprendre de chaque moment de la vie ».
« On ne peut envisager
un enseignement sans être responsable de son prochain ; il n’est pas
question de s’éveiller tout seul, mais de faire grandir le tout ».
« Est-ce que je me suis
éveillé au devoir que signifie être vivant, est-ce que je suis conscient de ma
responsabilité vis-à-vis de ce qui m’a été confié : la vie ? nous dit
Y. Amar. Au soir de notre vie, nous sommes jugés sur la façon dont nous avons
aimé, et uniquement cela ».
*******
Cet exemple ne fait que
renforcer les paroles sur la mort auxquelles Marie de Hennezel
nous a habitués. Elle dit l’importance,
pour les personnes en fin de vie, d’être capable d’entendre sereinement leurs
peurs, de les informer simplement et de les assurer qu’on ne les laissera pas
souffrir, qu’on ne les abandonnera pas.
Le déni de mort de notre
société qui veut épargner les enfants, le mourant, encourage le mensonge.
« Comment une personne peut-elle faire sienne une mort dont on ne lui dit
rien ? »
L’auteur raconte qu’au cours
de son expérience professionnelle elle a « découvert que lorsqu’on ne
se défend pas contre l’angoisse et l’impuissance, lorsqu’on accepte de les
regarder en face, on peut les transformer ».
Elle a pu constater, aussi,
que pour les soignants en unités de soins palliatifs, « la proximité avec
la mort change la hiérarchie des valeurs, le rapport au temps et l’attitude
profonde à l’égard des êtres et des choses. L’affectif l’emporte sur
l’effectif, on veut prendre son temps pour apprécier la vie, vivre l’instant
présent ».
Marie de Hennezel
nous donne également les témoignages d’autres malades, notamment deux jeunes
qu’elle a accompagnés. Pour l’un, sa maladie était une « nouvelle
naissance » permettant d’aller au simple, à l’essentiel. Pour l’autre,
c’était une expérience spirituelle : « J’ai le sentiment que,
quoi qu’il en soit, je vais mourir guéri, que d’ores et déjà je suis guéri… […]
Ce que je sais profondément, c’est que tout cela a un sens et que j’irai vers
quelque chose ».
L’auteur évoque aussi les
personnes qui ont eu une expérience de mort imminente (NDE) : non
seulement elles n’ont plus peur de la mort, mais elles apprécient encore plus
la valeur de la vie.
Comme Yvan Amar, Marie de Hennezel souligne le danger de fuir la réalité dans une
« quête spirituelle » qui serait égoïste et ne tiendrait pas compte de
la relation à l’autre. La quête spirituelle ne peut se faire sans relation
aux autres. Seule la rencontre peut être féconde.
L’auteur rassure également
les personnes qui accompagnent les mourants. Elles ne doivent pas avoir peur de
leur propre vulnérabilité et de leur impuissance et cela ne doit pas les
détourner de la personne accompagnée. C’est au contraire dans cette impuissance
partagée que les deux personnes se rencontrent réellement :
l’accompagnant et l’accompagné.
Marie de Hennezel
insiste sur la relation de confiance qui peut s’instaurer entre la personne
âgée, mourante, dépendante, et les soignants. Combien leur attitude pleine de
délicatesse et de respect peut « confirmer l’autre dans son humanité ».
On peut même vivre dans la
joie ces moments ultimes. Ainsi cette personne dont le père lui avait demandé,
plein d’angoisse, s’il allait mourir. Elle lui avait répondu franchement :
« Oui, tu vas mourir mais je suis là et je t’aime. On ne se quittera pas.
L’amour est plus fort que tout et ne nous séparera jamais ». L’angoisse du
père s’est transformée en joie et, libéré, il était prêt à mourir.
On ne peut entrer vraiment
les yeux ouverts dans la mort que si l’on est vivant jusqu’au bout car, si le
physique diminue, la vie intérieure, la relation à soi et à l’autre
s’approfondissent.
C’est pourquoi Marie de Hennezel insiste sur la nécessité de mourir accompagné.
L’accompagnement permet à l’accompagnant d’être apaisé en allant jusqu’au bout
de la relation. Il permet au mourant d’être vivant jusqu’au bout et de
partir en paix après avoir dit à son entourage « les mots qui les aideront
à vivre ». C’est ainsi que l’on respecte la dignité de la personne
mourante… Et l’euthanasie n’est sans doute pas la meilleure façon de mourir
dans la dignité.
Ces personnes qui, comme
Yvan Amar, acceptent l’idée de leur mort, qui s’y préparent et y préparent leur
entourage nous donnent une leçon de vie.
*******
Pour les obsèques d’Yvan
Amar, selon sa propre volonté, les trois traditions du Livre étaient
présentes : tradition juive, musulmane et chrétienne. C’était sa volonté
de « rapprocher les hommes, les inviter au dialogue, à la relation, à
l’humilité ».
Malgré son absence physique,
il était donc extraordinairement présent. Car « la mort met fin à la
vie mais pas à la relation ». C’est sur ce chapitre que se termine le
livre et Marie de Hennezel résume, avec tendresse et
simple humanité, ce qu’une mort telle que celle d’Y. Amar peut nous
apporter :
« Cette mort lucide,
consciente, acceptée malgré la souffrance et la peur, a été une leçon de vie et
d’amour pour les autres. Aucune violence ne l’a accompagnée. Simplement le
déroulement tranquille des choses, le silence, la tendresse, les mots qui
apaisent […] Tant que nous pouvons aimer et nous souvenir de ce sentiment
d’amour, nous pouvons mourir sans vraiment nous en aller ».
*******